Vous pensiez avoir tout bien préparé, dans les règles de l’art… et pourtant, quelques secondes après avoir envoyé votre spi, ce dernier fait un splendide cocotier autour de l’étai ! Comment s’en sortir ? On vous dit tout.

La théorie, vous la connaissez : 90% de la réussite d’un envoi de spi tient dans la précision du pliage (même les parachutistes vous le diront, et pour cause…). Pourtant, même si vous maîtrisez à la perfection la technique des « oreilles de lapin » (à savoir isoler les points de drisse, d’amure et d’écoute, plier le spi en accordéon en suivant la bordure, et ranger le tout proprement dans le sac en n’en laissant sortir que les 3 points), cela ne suffit pas toujours.

Vous vous souvenez de la dernière fois qu’un douanier d’aéroport vous a demandé si vous aviez fait votre valise vous-même ? Vous avez répondu oui, bien entendu ; et bien, pour le pliage du spi, c’est un peu la même chose… Même si vous le trouvez déjà plié - et qu’a fortiori il a l’air parfaitement plié -, ne faites confiance qu’à vous-mêmes (et encore) : re-préparez-le de A à Z, c’est tout. Voilà l’unique moyen de ne pas rater votre avion - pardon, de ne pas vous faire jeter à la baille par votre équipage sur le prochain bord. .

Cette précaution prise, vous prendrez soin d’accrocher le point de drisse un peu en hauteur à un point fixe pour que ce bel origami reste bien en place. Ensuite, consultez votre check-list :
- privilégier des conditions de vent régulières en force et direction
- équilibrer les poids (équipage + matériel) sur le bateau pour ne pas créer un déséquilibre initial, longitudinal ou latéral
- choisir une allure facile, pas trop abattue, pour que la grand-voile ne dévente pas le spi (le grand largue est plus indiqué que le vent arrière)
- si la houle et les vagues ne sont pas dans le même axe que le vent, elles auront tendance à provoquer des déséquilibres
- vérifier que l’émerillon au point de drisse tourne bien sur lui-même

Toutes les conditions sont remplies ? Alors c’est parti :
- ne pas affaler la voile d’avant avant d’envoyer le spi (on attend au contraire que ce dernier soit au préalable bien établi)
- brasser suffisamment le spi pour éviter les perturbations liées à la grand-voile
- régler les barbers-haulers en cas d’instabilité
- ne pas sur-border le spi
- suivre à la barre les modifications de vent apparent à bord

Toujours en théorie, si vous avez suivi à la lettre cette savante chronologie, le spi ne devrait pas faire de cocotier. Mais si cela arrive QUAND MEME ??

Et bien, pour vous faire une réponse de créole (et pas de normand, il y en a trop parmi les stagiaires), disons que pour se débarrasser d’un cocotier, c’est comme pour le rhum arrangé : il n’y a pas de recette… il y en a mille. Déjà, tout dépend de la taille du cocotier, s’il est pris autour de l’étai ou pas, en haut, au milieu, ou en bas de ce dernier. Non, ne sortez pas tout de suite votre couteau de marin, il ne s’agit pas ici de fendre d’un coup une grosse noix de coco, mais de sauver cette voile (et la face, ou votre classement sur la régate, bref ce que vous voudrez) autrement qu’en coupant sauvagement la drisse (plus sérieusement, cette dernière extrémité n’est à envisager que si le bateau n’est plus manoeuvrant et l’équipage en mauvaise posture). On peut tenter d’empanner, affaler et recommencer la manœuvre sur l’autre bord, ou encore brasser et reprendre l’écoute sur un certain rythme pour désemmêler la voile… Mais surtout, ne désespérez pas : après tout, la vie sous les cocotiers, tout le monde en rêve, non ?


 



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  • Jean Louis S.

    Posté à 2017-06-17 14:03:33

    ... merci pour le style humoristique, mais un peu de technique ne nuit pas : spi dans les turbulences du dévent de la grand-voile, en particulier en naviguant sur la fausse panne, conduit au coquetier/cocotier/soutien-gorge(... avec ballons équilibrés de préférence...).
    Pour défaire les tours, yapluka placer l'objet dans le dévent de la grand-voile sur l'autre amure.
    Facile... sur le plan théorique...
    Sinon, hisser un équipier en tête de mât???